Mes recherches en matière d'épée et de sabre japonais sur Internet m'ayant conduit à lire tout et n'importe quoi, je me décide à consigner dans ce blog ce que je sais des deux armes, en tentant de présenter de manière claire et objective ce qui est vrai, et ce qui est faux à leur égard.

Cela dit, avant de commencer, je tiens à préciser que, premièrement, je n'ai rien inventé de ce que je livre ici, et deuxièmement, que je ne prétends pas détenir la vérité à ce sujet: j'expose simplement un condensé de ce que j'ai lu et compris.

Les légendes du Katana

Le sabre japonais est une arme exceptionnelle, à n'en point douter, par bien des aspects. Mais cette exceptionnelle qualité, adjointe à ce que nous qualifirons "d'exotisme", a suscité un certain nombre de mythes, positifs ou négatifs, qui voilent la réalité de ce sabre. Pour une arme dont le but actuel est de trancher les voiles de l'ignorance pour permettre, à travers la pratique de son maniement, d'accéder à certaines vérités sur l'être et sur le monde, c'est un peu un comble !

Les on-dits positifs, tous faux
- le katana coupe tout et n'importe quoi sans effort
- son acier particulier, et particulièrement forgé, est indestructible
- la coupe est extraordinairement favorisée par la lame courbe
A contrario, tout aussi faux ou exagérés:
- le katana a un tranchant de verre extrêmement cassant
- le katana a une poignée fragile qui casse sur une coupe "façon hache"

Les mythes de l'épée longue

L'épée longue, (épée bâtarde, épée à deux mains, etc.), a contrario, elle, n'a aucun parfum d'exotisme. On ne lui prête donc aucune vertu magique, et, suite aux modifications et oublis des techniques passées, on la dénigre bien plus qu'elle ne le mérite. En vérité, l'épée bâtarde est aussi exceptionnelle que peut l'être le Katana, mais dans un sens différent.

Le dénigrement de l'épée bâtarde
- elles sont faite d'un seul acier coulé de mauvaise qualité (mou)
- elles ne coupent donc pas, tout au plus sont-elles contondantes
- elles pèsent 5, 10, 20 kilos parfois
- elles sont tellement mal équilibrées qu'on leur adjoint un contrepoids, le pommeau !
- par contre elles sont totalement indestructibles

Si on mélange ces opinions, on obtient au cocktail d'ignorance et de fausseté  qui crée un mythe autour des armes blanches, souvent véhiculé par Hollywood à travers ses âges, qui fait plus que voiler la réalité: c'est de la véritable désinformation !

Pour tenter de répondre à ceci, je vais présenter, non pas une arme puis l'autre, mais une arme puis l'autre, sujet après sujet, afin que les nuances s'estompent, et qu'une certaine réalité se dégage:

0) Un mot sur le minerai de fer

Rien de plus bête que du minerai de fer, n'est-ce pas ? Et pourtant, la plupart de l'ignorance dont on peut faire preuve en ce qui concerne ces deux armes vient de là: je vous épargnerais un cour de géologie, mais sachez simplement que le minerai de fer japonais est très rare (le Japon a un sous-sol extraordinairement pauvre). Alors que dans certaines régions d'Europe, le minerai de fer est très abondant.
Il s'ensuit:
- la quantité importante de fer permet de créer de l'acier en grande quantité. Voilà pourquoi les européens ont pu développer d'excellentes armures qui ont mis en échec l'épée sur le champ de bataille, avant même l'apparition des armes à feu.
Les japonais, eux, ont du se contenter de ce qu'ils avaient, et ont produit des armures comparativement moins protectrices, mais permettant davantage de mobilité. Voilà pourquoi le katana a été chassé du champ de bataille par les armes à feu, et non par les armures. Ceci explique une partie des différences entre le sabre japonais et l'épée longue, et de leur devenir.
[Parenthèse: une armure japonaise typique pèse dans les 20-25 kg, et une armure européenne de plate complète, de guerre (ni de joute, ni d'apparât !) 30 kg. Cette dernière entrave peu les mouvements, juste un peu plus que l'armure nippone, et un homme musclé et robuste peut très bien faire des pirouettes avec ! Par conséquent ça ne transforme pas un homme en une statue de métal incapable même de se relever en cas de chute!]

- quand on a peu de minerai, il faut l'utiliser au mieux, même pour faire des sabres, qui ne sont pas bien lourds (entre un kilogramme et moins d'un kilogramme et demi). Il faut savoir que le processus de forge, puis de mise en forme, enfin de polissage, use beaucoup d'acier dont très peu est récupérable. Souvent on ne conserve qu'un tiers de l'acier investi au départ ! Les forgerons japonais, soumis à cette contrainte, doivent donc utiliser ce qu'ils ont, et donc partent avec un gros handicap, à savoir un minerai perclus d'inclusions de toute sorte, un MAUVAIS minerai. Leur tour de force n'est donc pas de réaliser des armes indestructibles coupant tout et n'importe quoi, mais de réaliser, à partir de ce minerai, un excellent acier créant d'excellentes armes. Excellentes, mais pas magiques !

1) Forge

1.1) Le Katana

Dès qu'on s'intéresse un peu au Katana, on rencontre très vite au détour d'une page web ou d'un livre le processus de création de sa lame, en trois étapes: préparation de l'acier, mise en forme à chaud (forge proprement dite), pusi mise en forme à froid (polissage).

1.1.1) Préparation de l'acier
Le fameux "tamahagane" est donc un acier de qualité médiocre, ce qui est déjà une prouesse à partir d'un minerai mauvais ou très mauvais.
Essentiellement, tout en maintenant un taux de carbone acceptable, il faut extirper de cet acier les impuretés qui nuisent à sa qualité. Pour cela, il n'y a pas 36 solutions à l'époque: il faut exposer à la surface de cet acier toute sa matière, pour qu'au feu, les impuretés soient éliminées.
La solution consiste donc à marteler un bloc d'acier pour en faire une plaque d'une certaines épaisseur, de la passer au feu, de la fendre en deux, de la replier, de la remarteler, de la remettre au feu lorsqu'elle a repris sa surface initiale, etc etc. C'est le fameux mille-feuille d'acier bien connu des lames de sabre. Il est à noter que plus un acier doit être dur, plus les impuretés (telles que le souffre principalement) nuiront à sa solidité. Voilà pourquoi dans un katana "classique" avec deux aciers, un tendre pour le coeur de la lame, pour qu'elle soit résiliente, et un dur à l'extérieur, pour qu'elle soit suffisamment rigide et tranchante, on replie entre 5 et 10 fois le coeur, et entre 20 et 30 fois la chemise dure de la lame.
Certaines lames exceptionnelles ont encore plus d'aciers différents, en général de 3 à 5: on distingue alors le coeur, le dos, les flancs hors tranchant, et le tranchant de la lame ! Mais la plupart des katanas se contentent de deux aciers.
Le pliage et repliage de l'acier du katana transforme donc, par élimination successive d'impuretés, un acier médiocre en un acier très pur ayant de très bonnes propriétés mécaniques. Il crée de plus le "grain" de l'acier des sabres, cette texture de "peau" qui les rend si beaux. Mais cela ne peut qu'amener à un acier excellent, et non pas à un matériau magique façon adamantium ! Ce long procédé, qui fait montre d'indéniables carcatéristiques artistiques, peut-être totalement évité si on peut obtenir par un autre moyen un acier homogène, et assez purifié.
Les deux aciers en sandwich, par contre, apportent de réels avantages, encore amplifiés par la trempe sélective.

1.1.2) Forge et traitement thermique
Note sur "la trempe" d'un acier générique:
La trempe est un choc thermique réalisé sur l'acier chaud en le plongeant dans de l'huile, de l'eau salée, ou de l'eau douce, selon la méthode. L'acier a des cristaux de diverses formes, qui se créent lorsqu'il est "mou" (très chaud), à différentes températures. A la température avant la trempe, les cristaux permettent d'obtenir la meilleure dureté de l'acier, mais aussi sa plus grande fragilité. En général on trempe donc la lame, pour piéger ces cristaux (martensite) en figeant brutalement l'acier par le froid relatif du thermostat liquide.
Après cette trempe, l'acier est très dur: il se sera acéré si on l'affûte. Mais il est aussi très cassant. C'est pour cela qu'en général on le "réchauffe/recuit", en le ramenant à une température élevée mais plus faible que celle de trempe, pour faire disparaître le surplus de martensite et recréer des cristaux plus tendres (perlite), afin de renforcer la solidité de la lame. Le talent du forgeron est donc de réaliser un bon compromis tranchant acéré/lame solide.
La méthode japonaise permet dans une certaine mesure de s'affranchir de cette dichotomie.

L'acier dur est mis en forme de barre de section "en U", l'acier doux en barre droite. Puis, les deux aciers sont soudés l'un à l'autre sur toute leur surface de contact, et martelés ensembles jusqu'à ce que le produit prenne la forme d'un katana. La pointe nécessite un traitement particulier: pour qu'elle soit dure, il ne faut pas couper l'acier dans le biseau de la pointe, ce qui exposerait l'acier mou, mais biseauter la barre dans l'autre sens, et marteler le biseau pour remettre l'angle coupé droit, en courbant ce qui va devenir le fil de la lame:
__     ___
__\ => __/

Ensuite, pour renforcer l'effet des deux aciers, c'est à dire résilience de la lame et tranchant très dur (et donc très coupant), on recouvre selon un dessin particulier les flancs (hors tranchant) et le dos de la lame d'une boue de cendre de paille de riz et d'argile, et on chauffe la lame à température de trempe, avant de la plonger dans de l'eau à température ambiante. L'acier exposé du tranchant garde beaucoup de martensite. L'acier protégé par la gangue de boue réfractaire perd sa chaleur beaucoup moins vite, et donc "recuit" naturellement: il sera plus souple, plus résilient.

La lame d'un katana est donc à la fois très solide et très dure sur sa surface de coupe. La prouesse est donc d'avoir créé une telle arme à partir d'un mauvais minerai, au moyen de longs efforts et d'une élaboration extraordinairement sophistiquée.

1.1.3) Mise en forme à froid
Je préfère ce terme un peu long et pompeux à celui de polissage ou d'affûtage, parce que ces termes sont incomplets. Affûter une lame, c'est créer le fil d'une lame en grignotant l'acier selon un certain angle qui n'est pas l'angle naturel de la section de la lame. Polir quelque chose c'est simplement le rendre "lisse".
Le traitement appliqué au katana est à la fois polissage et affûtage: une mise en forme à froid par grignotage progressif de l'acier en surplus. Le polisseur a un métier semblable au paléontologue qui extrait un fossile du sol. D'abord grossièrement, puis de plus en plus finement, il dégage d'un bout de métal une lame. Il va faire apparaître les arêtes, les gorges, le hamon (vague bleutée qui cours le long de la lame du katana, séquelle de la trempe sélective qui marque la frontière de la gangue de glaise), puis le tranchant. Le fil d'un katana n'est pas artificiellement créé par affûtage comme sur un couteau ou un ciseau à bois. C'est la forme naturelle de la lame polie qui crée ce tranchant.

1.1.4) Résultat
Le Katana est donc résilient, grâce à son coeur tendre et à son dos de dureté moyenne, rigide avec ses flancs durs et son tranchant très dur, et extrêmement coupant, grâce à un tranchant très dur et à un polissage soigneux, et non un affûtage simple.
Vu d'où on est parti, c'est déjà un miracle.
Mais un miracle qui se paye:
Le sabre des samurais est fait pour couper presque sans force un corps humain, au crâne, au cou, à l'épaule, au poignet, au ventre, c'est à dire soit des os soit une grande quantité de chair. Contre des cibles plus dures, le tranchant, très dur, donc très cassant, et muni d'un angle aigu, pour favoriser la coupe sans effort, risque fort de s'ébrécher. La lame ne cassera pas, mais le tranchant peut être totalement ruiné en cas de choc un tant soit peu latéralisé sur une surface dure, comme une plaque d'armure par exemple. Voilà pourquoi couper un casque avec un sabre est un exploit... quand on n'abime pas la lame ! Voilà aussi pourquoi la parade tranchant contre tranchant est totalement taboue au sabre. Dur et affûté de bout en bout, le tranchant se briserait, tout simplement !

Note sur le tranchant d'une arme:
Là encore il faut composer avec une dichotomie:
- Plus un tranchant est de section aigue (et plus il est dur), plus il coupe sans effort, avec aisance, une cible assez "molle", c'est à dire bien moins dure que lui. Par contre, lors d'un choc de coupe, la quantité d'acier qui le porte étant plus faible à mesure qu'il est aigu, plus il va s'effondrer sur lui même, c'est à dire s'émousser, se plier sur le côté, ou s'effriter.
- Plus un tranchant est large et "moins dur", moins il coupe bien. Par contre il absorbera mieux les chocs, sera plus solide, car porté par plus d'acier.
- Il n'y a donc pas de solution miracle, seulement une adaptation a un besoin:
* tranchant dur et étroit: coupe sans effort les cibles molles, casse/s'effrite sur les autres à la moindre force qui n'est pas dans le sens du fil de la lame (ce qui est d'autant plus précis à mesure que le tranchant est mince!)
*tranchant dur et large: coupe moins bien mais casse moins
*tranchant mou et large: ne coupe pas, n'est pas un tranchant (!!)
*tranchant mou et étroit: coupe mal et se replie sur lui-même.
Un tranchant doit donc être dur et plus ou moins étroit en fonction de la cible usuellement rencontrée.

Le choix du katana est donc étroit et très dur, donc fragile si la coupe est mauvaise (pas dans le plan de la lame). C'est une arme très élitiste. Voilà pourquoi un expert va entailler un casque lourd avec sans l'ébrécher, alors qu'un débutant peut l'abimer sur un bout de bambou ! La réputation ambigüe de fragilité et d'indestructibilité/tranchant miraculeux du katana provient donc du fait que ceux (les mêmes ^^) qui ont constaté les miracles exécutés par des experts, et ont essayé eux-mêmes ensuite, les ont abimé parce qu'ils n'en connaissaient ni les spécifications ni l'usage précis qui doit en être fait!

1.2) L'épée européenne
A partir d'un acier de meilleure qualité, homogénéisé en haut fourneau (liquéfié), il y a beaucoup moins de travail à faire pour créer une lame de bonne qualité. Cependant, pendant la majeure partie du Haut Moyen Age, cette technologie n'existant pas, les forgerons ont du se débrouiller comme ils le pouvaient! On retrouve dans l'acier de Damas, ou dans le Wootz des Vikings, l'idée de plier l'acier pour le purifier, et de mêler plusieurs qualités d'acier plus ou moins durs dans les lames pour obtenir le tranchant du fil, la rigidité et la résilence nécessaire pour le reste de la lame.
On trouve également chez les peuples du Nord de l'Europe la technologie des tranchants rapportés, qui est basée sur la même idée que la création d'un katana, à savoir un milieu de lame assez mou et des tranchants faits dans un acier plus dur pour mieux couper et contribuer à la rigidité de l'ensemble.
Je n'ai pas trouvé de référence à des trempes différentielles, pas contre. La méthode de traitement thermique à l'européenne est une trempe homogène globale et un recuit derrière.
Il est donc vrai que les épées européennes sont donc moins dures en surface que les katanas. Mais ça n'est que marginal, et il ne faut pas croire que les forgerons nippons sont des magiciens, et les forgerons vikings ou germains des idiots sans cervelle ! Plus qu'au Japon encore, leur place est privilégiée parmi les artisans, et on loue leur talent.
Rappelons que le fils d'Odin, dieu principal de la mythologie scandinave, est Thor, Dieu du tonnerre et de la Forge !
L'épée longue, elle, date de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance. Contemporaine des premiers Katanas (sabre porté tranchant vers le ciel, par opposition au Tachi, sabre porté tranchant vers le bas, dont la courbure, la longueur et le maniement sont assez différent du katana), elle est faite d'un seul acier, sorti des premiers hauts fourneaux, donc homogène, et élaboré à partir d'un bon minerai. Sa trempe simple et son recuit en font une lame dont la résilence et la rigidité valent bien celles d'un katana.
La différence est qu'une lame européenne est affûtée, et possède donc un tranchant artificiel, de type large et dur. Elle ne peut donc prétendre au terrible tranchant du katana. Par contre, cela rend son tranchant plus solide .
De plus, son tranchant moins aigu en fait une arme moins exigeante en terme de précision de coupe: si son tranchant est deux fois moins aigu que celui d'un katana (c'est une hypothèse, je ne peut quantifier de manière précise, puisque ça dépend aussi du profil de la lame d'épée (classification Oakeshott)), elle est deux fois moins exigeante en terme d'angle de coupe !
En aucun cas, cela ne veut dire que la lame ne coupe pas du tout!!!
Une épée peut couper un bras, une jambe, un cou, une branche d'arbre de section non négligeable, aussi bien qu'un katana, et avec moins de précision requise !

1.3) Conclusion sur la forge des lames
Quelle différence dans ce cas?
Si les tranchants de l'épée suffisent, pourquoi s'être embêté à inventer le katana ? Est-ce juste du au perfectionnisme jusqueboutiste des japonais ?
Je ne pense pas. Simplement, je pense que cela provient de la façon d'utiliser l'arme. Si une épée tranche dans une certaine mesure, elle coupe principalement sur des mouvements perpendiculaires à l'axe de coupe (comme une hache). Dans cette configuration, elle vaut bien le sabre. Son tranchant moins fin est compensé par d'autres paramètres (voir les paragraphes suivants). Le Katana, lui, sur des coups tranchants rapides en avant ou en arrière, et capable d'ouvrir un crâne ou de couper un poignet, sans force requise ou presque. Là, son tranchant très fin lui est utile. Par contre, cette fonctionnalité supplémentaire requiert de son utilisateur une finesse technique consommée s'il ne veut pas abimer sa lame.
Signalons, pour illustrer le propos, quelques anecdotes:
- Miyamoto Musashi utilisait souvent des bokkens dans ses duels, entre autre pour préserver son sabre, puisqu'il était pauvre et ne voulait pas avoir à le faire repolir trop souvent ! Il n'utilisait son sabre de métal que lorsqu'il n'avait pas d'autre choix. Il cultivait même des techniques visant à subtiliser le sabre de son premier adversaire en combat de masse, pour ne pas avoir à se soucier de la santé de sa lame !
- Avant de partir sur les champs de bataille, les guerriers européens faisaient affûter leurs épées. Certains samurais, eux, émoussaient volontairement leur sabre, afin de maximiser la solidité de son tranchant alors qu'ils allaient affronter des guerriers en armure. Ils le faisaient repolir en rentrant, pour qu'il puisse couper au mieux un adversaire rencontré dans le cadre d'un duel ou d'une agression par des bandits (en général sans armure !)

2) Le mythe du poids
La densité de l'acier est de 7.8 (7.8 fois plus lourd que l'eau).
Imaginons un katana modélisé selon une barre d'acier droite et sans tranchant, d'un mètre de long, de trois centimètres de haut, et de cinq milimètres de large: 100 * 3 * 0.5 = 150 cm cube d'acier, soit 1170 grammes.
Quelles sont les dimensions d'une épée bâtarde similairement simulée ?
120 cm de long. 4 cm de large. 0.5 cm d'épais.
120*4*0.5 = 240 cm cube d'acier soit... 1872 grammes.

Un Katana fait donc entre 1 et 1.3 kg, ce qui est aisément vérifiable sur le Net.
Une épée bâtarde fait entre 1.5 et 2 kg. Pas 5, pas 10...
Pour voir à quel point ses assersions sont ridicules, cherchont l'épaisseur de lame d'une épée de 10 kg.
10 kg => 1282 cm cubes.
120 * 4 * x = 1282
x = 1282/(120*4) = 2.67 cm... C'est à dire plus de la moitié de la hauteur de la lame. Ca n'est plus une lame, c'est une barre !

Effectivement, une telle arme ne saurait couper, mais aurait un pouvoir contondant non négligeable, à condition que quelqu'un puisse la manier (essayez de faire de l'escrime, même médiévale, avec une barre d'haltères, vous verrez, ça fait environ dix kilos !)

Mais les habitués du shinai et du bokken, qui trouvent souvent le iaito de un kilo ou le shinken de 1200 grammes lourd, vont me dire que deux kilos, arffff, c'est lourd. (Je n'ai rien contre les habitués du shinai, j'en suis un ! ^^) Mais si le katana est le produit d'une métallurgie consommée, un poil supérieure à celle des europées, c'est en physique du solide que ceux-ci se rattrappent.

3) Caractéristiques dynamiques des lames

Hé oui, la légende urbaine veut qu'une épée européenne soit, en plus d'être forgée du pied gauche par des shadocks ayant perdu la noix leur servant de cerveau, tellement mal équilibrée qu'il faut lui adjoindre un contrepoids dans la poignée pour qu'on puisse la manier à peu près correctement...
Que nenni ! C'est justement par son excellent équilibre statique et dynamique que l'épée longue se distingue !

3.1) Le Katana
Le katana est un sabre, et comme beaucoup de sabres il a, par rapport à une  épée de cour par exemple, une lame dite "autoritaire". Comprenez "assez lourde du nez". Son point d'équilibre se situe à une quinzaine de centimètres de la garde. Son moment d'inertie est donc important pour son poids: il faut de la force dans les mains et les poignets pour l'arrêter une fois qu'il est parti ! Il en va de même pour les épées de coupe presque exclusive comme les lames viking. C'est donc un fonctionnement simple qui régit la coupe: une masse d'acier équilibrée "avant" frappe une cible sur un tranchant très fin, et glisse ensuite dessus: effet couteau, ça coupe, ça entaille très profondément.
La lame du Katana présente un léger affinage de la garde à la partie juste avant la pointe: de moins en moins haut, et légèrement plus étroite, mais ça reste marginal. Cela permet un meilleur équilibrage qu'une barre d'acier de section homogène, mais pas tant que ça !
Sans vouloir faire insulte à cette arme très noble, un katana (comme tout sabre) coupe selon le même principe dynamique qu'une machette !

3.2) L'épée longue
Regardez bien une épée longue, typiquement une de type Oakeshott type XVa (Google est votre ami ^^). Sa lame de section "diamant" est de moins en moins haute, et c'est très prononcé (la lame a un profil triangulaire !). Contrairement à des répliques de mauvaise qualité, elle présente aussi un profil similaire si on regarde la largeur de lame.
La pointe de la lame est donc très fine et le fort (devant les quillons de la garde) regroupe un maximum d'acier. Deux conclsions se dégagent de cela:
=> la pointe est très légère, donc une épée SANS pommeau et déjà mieux équilibrée (nez plus léger, plus maniable, donc) qu'un katana.
=> Même avec un tranchant d'angle moins aigu qu'un katana, la quantité d'acier relativement faible près de la pointe annule le point fort "solidité" de la lame sur sa partie la plus tranchante. Le fil reste plus solide, pas la lame dans son intégrité structurelle fondamentale.

Alors... A quoi sert le pommeau ? (à part de marteau en combat rapproché ^^)
Le pommeau d'une épée n'est pas si lourd que ce qu'on veut bien dire, en tout cas pas assez pour faire contrepoids d'une lame mal faite. Certes il recule encore un peu le centre de gravité, mais c'est plutôt un effet néfaste. En effet, une lame lourde du nez a plus d'inertie, donc coupe mieux! La encore, dichotomie, cette fois entre aisance de maniement et pouvoir de coupe ! Quelel casse-tête, n'est-ce pas ? Mais le métier de forgeron d'arme n'était pas apprécié pour rien: vu les connaissances techniques au Japon ou en Europe, au moyen-âge, comparé aux connaissances actuelles, créer une bonne épée ou un bon katana, c'était comme concevoir un Rafale ou un F-22 Raptor aujourd'hui !

En fait, c'est dans le comportement dynamique de la lame, sur un choc (pendant une coupe), que le pommeau sert, non pas en contre-poids, mais en bras de levier. En effet, cette masse d'acier, dans un coup ayant pour centre de rotation la position de la main avant sur la poignée, crée une inertie complémentaire à celle de la lame, en sens et direction opposée. Cela, le guerrier ne le sent pas, justement parce qu'il n'a pas de mal à donner cette impulsion, qui s'équilibre pour lui par rapport à la lame.
Mais quand le coup porte... La lame est freinée par l'impact, et le pommeau aussi, mais dans l'autre sens. Il APPUIE donc sur la lame. C'est un peu comme si juste au moment ou la lame se posait sur la cible, vous rajoutiez à son impact un coup de marteau dessus, histoire de bien la faire rentrer !

L'épée sans pommeau, désavantagée par rapport au sabre par son centrage plus arrière en terme de pouvoir de coupe, se trouve du coup à égalité ou quasiment par l'adjonction de ce pommeau. Cette construction intelligente permet deux bonus supplémentaires:
- bien que l'épée soit plus lourde et plus grande que le sabre, son équilibre plus arrière la rend plus "légère", plus facile à faire tourner, dynamiquement.
- une lame plus centrée arrière facilite la précision des coups de pointe, qu i sont aussi importants que les coupes dans son maniement.

L'épée fait donc tout aussi bien son travail que le katana, tout en ayant un tranchant plus solide et en étant plus facile d'emploi. Le katana, à contrario, permet une escrime de plus faible amplitude, plus rapide, ce qui compense (au moins) sa longueur, comparativement plus faible.

4) Solidité comparée
Nous avons déjà vu que le tranchant du katana était plus fragile que celui de  l'épée. Ensuite, on peut déduire, au niveau de la lame, deux choses:
- A section d'acier égale, la structure composite du katana rend dans sa globalité sa lame plus solide que celle d'une épée
- Vers la pointe, une épée est plus fine qu'un katana
- Vers la garde, elle est plus haute et plus épaisse.
Or, la partie qui travaille durant la coupe, c'est le premier tiers de la lame en partant de la pointe, selon l'arme: Mono Uchi, ou le faible. Le katana est donc dans son ensemble plus solide que l'épée en ce qui concerne l'intégrité globale de la lame durant la coupe. Cela dit, si l'escrimeur n'est pas mauvais, il exécutera ses parades sur le fort de la lame, là où elle est également ou davantage solide que celle d'un katana. Plus exigeant à la coupe, le katana le serait donc moins à la parade...

"Oui, mais avec un tranchant cassant, il va se détériorer très vite en parade tranchant contre tranchant"... Certes, ça n'est pas faux. Cela dit, aujourd'hui, les médiévalistes vous diront que si on peut l'éviter, il faut éviter les parades de ce type avec une épée bâtarde... parce que ça ruine les tranchants !! Le tranchant de l'épée bâtarde n'est donc pas solide à ce point là. Disons qu'il ne faut pas parer tranchant contre tranchant avec un katana, nulle part sur la lame. Sur une épée bâtarde, qui n'est pas affûtée partout et qui a un tranchant plus solide, on peut recevoir une parade de ce type sur le fort de la lame sans dégâts éxagérés sur celui-ci.
MAIS, une parade de ce type faite avec le faible peut occasionner la RUPTURE définitive et totale de la lame au point de parade ! La lame d'un katana ne sera que ruinée sur son tranchant, il y a peu de chances pour qu'elle ne casse. Ca n'est toujours pas terrible, mais que choisissez vous?

Donc le katana a un tranchant plus cassant et une lame plus solide.
Que dire du reste ?
Il est dit que la soie du sabre, n'allant pas jusqu'au bout du manche, permet celui-ci de casser, contrairement à une épée européenne dont la soie se termine par le pommeau.
Peut-être serait-ce vrai si le bois du manche était de faible qualité, ce qui arrive fréquemment sur les imitations de sabre bon marché.
En fait, sur un vrai Nihon To (nom de collectionneur pour Katana, littéralement sabre japonais), la poignée est faite d'un bois extrêmement résistant, le bois de magnolia. Ce bois, par nature plus souple que n'importe quel métal, bien serré sur les points de rupture possible (particulièrement la partie touchant la garde et sur le petit pommeau) par un cerclage ou une coquille de métal, a une résistance à l'effort qui n'a rien à envier à celle de l'acier ! Au contraire, plus souple, il supporte mieux les vibrations, qu'il étouffe, et se déformera plutôt que de se briser!
De plus, le manche du sabre, sur un vrai sabre, n'est que marginalement plus long que la soie, qui est presque entièrement traversante.
Si la solidité est moindre (à démontrer), cela ne doit être que très marginal.

5) Conclusion générale
Chaque arme a donc ses avantages, ses faiblesses, se manie différemment de par son équilibre dynamique et son pouvoir de coupe, et n'est pas prévue pour les mêmes cibles. Mais on ne peut clairement, aussi crûment que décrit par des ignorants sur le Web, proclamer l'écrasante supériorité de l'une sur l'autre dans quelque domaine que ce soit. A besoin identique, outil identique. Jamais un rude samourai n'irait au combat avec une arme "fragile". Jamais un chevalier ne serait parti au combat avec une arme non coupante (ou alors il se serait choisi un marteau de guerre, plus efficace qu'une épée face à un adversaire en armure de plate complète !)
Le katana est solide et coupe comme un rasoir s'il est bien utilisé.
Une épée bâtarde est très maniable et suffisamment coupante pour sa mission.
A présent, si vous voulez vraiment autre chose qu'un match nul, voici mon opinion profonde: j'ai une légère préférence pour l'épée, parce qu'elle est plus simple d'emploi, et plus polyvalente: deux tranchants, des quillons bien utiles, et un pommeau qui fait mal dans les dents (^^).
Mais en maîtrisant le katana, plus exigeant, on peut aussi maîtriser l'épée, en connaissant ses différences !