En raison de préparatifs de notre voyage au Japon, et d'une petite forme de ma chère et tendre, la séance de Kendo du vendredi 10/10/2008 a finalement été annulée. Décision avait été prise, par contre, de compenser par autre chose, ce qui nous arrive assez souvent, hors maladie.
Toujours préoccupé (article précédent) par la "vraie nature du Kendo", je me suis décidé à ne pas limiter cette "compensation" à un nombre plus ou moins important de suburis, mais à faire autre chose en plus.

Le vendredi même, après avoir un peu repoli le mono uchi de mon katana, j'ai fait un peu de Batto Do, en notant une très significative amélioration de mes coupes: le tranchant de mon arme devait très légèrement laisser à désirer, après l'avoir un peu malmené sur de mauvaises cibles. Bon, le grain 600 n'est pas assez fin, j'ai un peu dépoli ma lame, ce qui est assez moche: il me faudra trouver du 1500 au moins, en magasin de modélisme, pour rétablir l'aspect visuel de ma lame, mais en tout cas, le sabre coupe à nouveau comme un rasoir.

Si j'aime beaucoup les cinq premiers katas de Batto Do que je m'efforce de travailler au vrai sabre, ils sont trop loin de ma pratique du Kendo pour avoir un vrai lien. Les neuf autres que je connais (et pratique au bokken ou au iaito) tiennent davantage du iaido et du kenjutsu que du kendo, les coupes "diagonales" ou "horizontales" voire "remontantes", étant "hors cadre".

Et puis, du fait de la nature même du travail, on est seul. Bonne pour la concentration et l'exigence de geste, la solitude gêne l'aspect "combat" (distance, harmonie, timing). Quelque part, le Batto Do, c'est "de la triche": la cible n'est pas armée, ne bouge pas, et c'est toujours elle qui se fait tailler en pièces (et heureusement quelque part ^^)

Le génie du Kendo c'est de pouvoir faire du sabre avec un adversaire vivant, qui n'a pas la moindre envie de "se faire tuer".

Le "Kata a deux" est une situation intermédiaire inétressante, qui permet de travailler le geste, la précision, l'exactitude, tout en gardant du combat les notions d'harmonie entre adversaires.

Le Kendo No Kata est magnifique, mais il n'est pas très "pratique": à notre niveau, et même "à cause" du Kendo actuel, le Kata reste un peu du "Kenjutsu parachuté chez les agiteurs de shinai". Il est trop distant du Kendo en armure pour être vraiment bien abordé et compris, à mon humble avis. Ayumi ashi, garde basse, Hasso, Waki, etc. autant de choses qu'on ne voit pas en combat au shinai à cause de la nature de celui-ci: une arme légère et rapide à tendance à appauvrir les techniques en se concentrant sur les plus rapides, i.e celles qu'on peut faire en un geste des poignets. Une garde aussi merveilleuse que Hasso est inutile, alors qu'elle est tant utilisée en Kenjutsu (et a une grande soeur en escrime germanique qui est LA garde de base).

Il manque clairement, pour les débutants (jusqu'au 1er / 2e dan au moins), un "chaînon manquant".
C'est ce que la fédé nippone a décidé, c'est ce qu'elle a mis en place en 2005, c'est ce que ma femme et moi avons pratiqué dimanche après-midi.

Ce nouveau Kihon, c'est neuf "katas" simples et pratiques, utiles en geiko, avec une étiquette de geiko (light à côté des katas), qu'on peut pratiquer dès qu'on a un peu de pratique et qu'on ne risque pas de tuer son vis à vis d'un coup de bokken malheureux. Puisque ma femme et moi se portons bien, nous déduisons de notre propre expérience qu'un an suffit. (^^)

Ci-dessous un descriptif très rapide de ces neufs enchaînements, qu'il est par ailleurs facile de trouver en vidéo sur le net, exécuté par des "gamins" très ipressionnants.

Pour tous les kihon:
- pas glissés, Ki Ken Tai mais pas Fumikomi (c'est les voisins du dessous qui vont être heureux ^^)
- hakama et keikogi mais pas de bogu. Bokken avec garde.
- garde de départ ET d'arrivée: Chudan No Kamae, Itto Issoku No Maai
- Seme, Zanshin, Maai, Shisei & Ki Ken Tai de mise en permanence.
- On veillera particulièrement à respecter, sur le bokken, la modification de maai par rapport au shinai, les coupes sur mono uchi (au plus près de la pointe), et le Hasuji (orientation de la lame, pour couper ET pour parer).

Kihon 1: on enchaîne les quatres frappes fondamentales sur un motodashi qui ouvre sa garde faiblement mais réellement, sur un pas glissé en attaque. On fait deux pas en okuri ashi arrière pour revenir en Itto Issoku No Maai entre chaque attaque. Sur Tsuki motodashi recule d'un pas.

Kihon 2: Kote Men. En grand, sans pause au milieu, fluide, et un maai parfait sur chaque frappe... Pas si évident que ça !

Kihon 3: Harai Men. Chassé du sabre adverse sur la gauche tout en armant grand Men.

Kihon 4: Motodashi fait grand Men. Kakari bloque, et pousse en Tsubazeriai. Il se bat pour garder le poing gauche au centre et "être en bas" pour gagner le corps à corps, avant de remonter brusquement les bras et frapper Hiki Do, avec le bon Hasuji et le bon Maai.

Kihon 5: Men Nuki Do

Kihon 6: Kote Suriage Men

Kihon 7: Debana Kote: la seule frappe "en petit" présentée. Attention à ne pas toucher le poignet, ça arrive très vite et ça fait TRES mal !

Kihon 8: Men Kaeshi Do: waaaahhhh, trop booonnnn ! ^^
Attention à parer avec le shinogi (l'arête du flanc), pas avec le tranchant !

Kihon 9: Do Uchi Otoshi Men

Avec ces exercices, on balaye tous les types de techniques offensives (simples, multiples, harai), et contre offensives (Hiki, Nuki, Suriage, Debana, Kaeshi, Uchi Otochi), illustrées par leurs exemples les plus courants.
Certes, il y en a d'autres, mais ce qui est intéressant dans ce kihon c'est la souplesse: ça n'est pas des katas, c'est bien précisé: on peut varier légitimement ! Libre aux participants de travailler Men Nuki Men, Kote Nuki Men, Kote Nuki Kote, Men Debana Men, Hiki Gyaku Do, etc etc.
Mais on en voit pas mal avec les katas ! C'est d'ailleurs génial que les techniques ne se répètent pas trop entre kihon et kata, mais au contraire se complètent !