Parler de la politique du monde (géopolitique), et de l'inscription de la France, et de l'Europe, dans celle-ci, suscite pas mal de question. Tout comme Nietzsche décrit comme illusoire la dissociation de la pensée philosophique et de son auteur, déclamant ainsi le caractère profondément dépourvu "d'absolu", de "chose en soi" de toute pensée, je pense qu'il est impossible de trouver quelque chose de fondamentalement objectif et absolu, dans toute réflexion.
Pour pouvoir comprendre la pensée de quelqu'un, mieux vaut le connaître, au moins dans le sujet de son discours.

Qui suis-je, politiquement ? Dans le sens le plus large que peut prendre ce mot.
Je suis un citoyen français, avec tout ce que ça peut impliquer de culturel. Mais je suis, comme beaucoup de mes compatriotes, un marginal politique. Quelqu'un qui, fondamentalement, ne se sent pas représenté, par personne. Aucun homme politique français, de quelque parti que ce soit, n'emporte ma décision. Je vote, parce que je le dois, et que je fais partie de ces gens qui pensent que le droit est lié à un devoir, et qu'en lui même il ne sert ni ne vaut rien. Une société dans laquelle tout le monde a des droits et personne n'a de devoir, ça n'existe pas, et la sentence pour celles qui veulent croire en ce concept est justement de ne plus exister, de se déliter dans le néant.
Je vote mais uniquement pour "la moins pire des solutions".

Suis-je de gauche, de droite, sur les bords ou au centre ?
Je frissonne de devoir écrire une question de ce niveau de stupidité: clivage idéologique dans un pays sans idéologie, sans idées, sans "grande stratégie" comme dit Liddel Hart. Voilà bien un faux débat qui empoisonne mon pays, qui n'est pas le seul je vous rassure. Je ne suis rien de tout cela, de même que je ne suis ni atlantiste, ni pro-européen, ni le contraire de tout cela.

La politique, ça n'est PAS une histoire de passion, et encore moins une histoire d'opinion, publique ou non. Ca n'est pas une histoire médiatique, pas un concours de fréquence de passage sur le petit écran. Ca n'est même pas une histoire d'homme/femme providentiel/le qui va sauver le monde par des idées (^^) radicalement novatrices (^o^). Rien n'a été inventé en matière de politique depuis la chute de Rome, comme rien n'a été inventé en matière de stratégie depuis que l'homme a créé les deux premières civilisations, et la guerre par là même. La quête du pouvoir et l'exercice du pouvoir sont des arts (et non des sciences) millénaires, et croire que l'on crée quelque chose dans ce domaine, c'est croire qu'on invente le jeu de go à chaque nouvelle partie. Le progrès à travers les âges a sans cesse renouvelé la manière d'utiliser ces arts, leur exercice, mais, fondamentalement, ils n'ont pas changé de nature profonde parce que l'homme n'a pas profondément changé de nature en si peu de temps.

Qu'est-ce que la politique, alors ? C'est un art double, et doublement humain. Loin d'une dualité droite/gauche, la dualité politique impose d'un "grand homme" la maîtrise de deux grands arts.
Le premier est l'art de commander. Si je voulais utiliser un vocable scientifique je dirais: la moitié de la politique réside dans la cybernétique, mot à mot de sa racine grecque "art de gouverner".
Le deuxième est une conséquence de la mécanique du pouvoir, et bien qu'elle soit très(trop?) visible en démocratie, elle n'est qu'une conséquence de la contingence absolument nécessaire à la pratique de la cybernétique: l'accession au pouvoir. C'est l'art du tribun, aujourd'hui du "politic people": l'art de la Séduction.
Il faut bien comprendre que si l'art de séduction semble évident aujourd'hui, il est toujours nécessaire. Même dans le plus sombre des autoritarismes, même en monarchie de droit divin, pour avoir une influence cybernétique sur la société, il faut plaire "aux gens qui comptent". Ce peut être le clergé, les nobles, les lobbies, le parti unique, ce que vous voulez.
Ces deux domaines relèvent tous deux d'un seul: la Stratégie. Être séduisant est le résultat d'une stratégie pour soi, bien gouverner est le résultat d'une stratégie pour le groupe de personnes qu'on représente au sein du groupe que l'on commande.
Un homme politique efficace ne peut qu'être un bon stratège entouré de bons stratèges. Un grand général, instruit et inspiré, épaulé par un État Major compétent.
Beaucoup pour un seul homme! Énormément même. A tel point qu'on en arrive à une opposition qui est le talon d'Achille d'une démocratie.
Une cybernétique, pour être bonne, n'a pas à plaire. Elle doit être rationnelle, et efficace. Un général ne donne pas un ordre à ses troupes pour leur plaire, mais pour gagner une bataille.
A contrario, séduire c'est plaire, et uniquement cela.
Unir les deux est d'une rareté réservée à un tout petit nombre d'individus, et à ma connaissance aucun n'est parvenu, jusqu'à présent, à maîtriser les deux avec égal brio. Peut-être qu'un être aussi fort que le meilleur des cybernéticiens et à la fois aussi séduisant que le plus grand des séducteurs est ce qu'on appelle une divinité. Pas un être humain, en tout cas.
Bien sur, à des niveaux divers et moindres, on trouve de grands noms de l'histoire.
En démocratie, ou en ce qui en tient lieu, plaire est capital. Il faut initialement du charisme, et de la popularité dans la durée. Plus les élections sont rapprochées, plus ce trait est important. Plus les résultats d'élections sont serrés, plus cela est encore exacerbé. Plus un pays va mal, plus la popularité doit être grande. Vu que Dieu n'existe pas puisqu'il est mort, le chef d'une démocratie n'est qu'un homme, et en tant que tel il est choisi par son parti puis par le peuple en fonction des espérances que l'on a dans ces capacités de cybernéticien, et dans la RÉALITÉ de son pouvoir de séduction.
D'un côté on espère, de l'autre on voit, on sait, on sent.
Qu'en déduisez-vous quant aux hommes politiques dont la candidature est envisageable dans un état démocratique dont la vie politique est active (élections rapprochées), et qui oscille, grosso modo, entre deux tendances politiques, avec des résultats historiquement paritaires (genre 52 / 48 % au deuxième tour) ?
Ce sont des séducteurs hors norme, des bêtes de course. Ils ont consacré leur vie passée à savoir séduire. Séduire "les gens qui comptent", séduire le peuple.
Bête de course contre bête de course, ils arracheront la victoire de manière limitée et devront composer avec la moitié de la population qui a voté contre eux pour gouverner.
De plus, puisque ce ne sont que des hommes, et non des dieux, leur capacité de cybernéticien est nettement inférieure à la tonne de poudre aux yeux qu'ils savent déployer pour séduire. Qui qu'ils soient, quelque soit leur parti, ou même leurs intimes convictions. Sélectionnés par et pour leur capacité à séduire, ils sont ce que l'humanité a fait de mieux en terme de séducteurs. Gagner le pouvoir est leur école, leur raison même d'être. Le garder, et surtout savoir quoi en faire, c'est une autre histoire. L'alternance de politiques vides de sens profond depuis 1968 en France est la démonstration de cet état de fait.
Je ne suis ni gaulliste, ni militariste, ni bonapartiste, mais force est de constater que depuis la chute de l'Ancien régime, deux hommes d'état ont profondément marqué notre histoire, pour le meilleur comme pour le pire, mais ils l'ont au moins marqué. Napoléon Ier, Empereur des français, et le général De Gaulle. Tous deux, comme tous chefs, ont réalisés de grandes choses et ont commis de graves erreurs. Mais c'est eux qu'on a retenu principalement.
Tous deux avaient une capacité certaine à séduire au sens politique du terme. Mais ce sont des circonstances particulières qui ont favorisé leur accession au trône ou à la présidence. Ils n'ont pas été élu comme les autres, et ne l'auraient pas été dans des circonstances normales. Mais c'étaient tous deux de grands cybernéticiens, éduqués, et formés, dans ce sens.
Voilà la grande leçon à tirer de ce billet. La première qualité d'un chef est le talent cybernétique, non la capacité à séduire. La nature (ou la dénaturation) de nos démocraties modernes (et non de la démocratie en tant que système politique) nous prive par essence de toute personne ayant ce talent comme talent principal.
Voilà ma croyance politique, voilà pourquoi tendance ou orientation politique ne veut rien dire pour moi, voilà pourquoi je ne me sens représenté par aucun politique actuel.