Le principal art de la politique est donc la cybernétique, l'art du commandement.
Mais la politique n'existe pas, comme tout le reste, vidée d'un sujet, d'un objet, et d'un contexte. C'est de la cybernétique appliquée, en quelque sorte.

Il faut donc lire en lieu et place de "l'art de commander", l'art de mener un groupe (sujet) vers un objectif défini (objet) dans le système (contexte).

Cela dit, je n'aime pas la terminologie française dans ce domaine. "Commander" évoque l'ordre. "Présider", ça fait passif en bout de table (c'est pas faux, ça). "Diriger", c'est bien, mais tout le monde dans un contexte politique va y voir et y lire "dirigisme"... pourquoi pas gouvernance tant qu'on y est ? A tous ces termes je préfère "Mener", et tant pis pour l'aspect "Meneur de bande".
Mener un groupe vers un objectif dans un système donné. Mener c'est définir le chemin, montrer le chemin, et ouvrir la marche... Mener, le terme français le plus proche de "to lead". Tout un symbole.
Un commandant donne des ordres. Un président préside, avec tout ce que ça peut impliquer d'autoritairement passif.
Un leader dirige "à l'avant". Il est à la fois le chef et l'exemple.

Nous retiendrons cette définition de la politique dans son exercice et non dans sa préparation (la Séduction).
"Art de mener un groupe vers un objectif défini dans un milieu, un système, défini".

Cette définition implique énormément de choses, qui soulèvent autant de problèmes, de questionnements, de thématiques, que de mots.

ART DE MENER: Ce n'est pas une science, ce n'est pas non plus la pifométrie la plus délirante qui soit. Puisque la politique est un sous-ensemble de la stratégie, qui est aussi un art, elle en découle. En stratégie pas de recette miracle applicable à tout problème, pas même l'hyper technologisation et le culte de l'hyper rapidité qui domine la pensée stratégique de l'OTAN en matière militaire.
En politique non plus. La stratégie est un art simple tout d'exécution. La politique aussi, c'est une praxis, non une théorie académique. Ce qui marche dans une situation A avec un groupe A' et un leader A" a toutes les chances de ne pas marcher pour B, B' et B". Voilà pourquoi tout clivage fossilisé droite/gauche extrême/centre est juste hors sujet. Voilà aussi pourquoi il est stupide de vouloir imposer une idéologie en politique. Une idéologie se fonde sur un succès avec A, A', et A". Si B, B' et B" veulent faire pareil, ça ne marchera pas. Voilà aussi pourquoi un empire, structure politique stable par excellence, dès qu'il est suffisamment contesté ou que son père fondateur meurt, se délite, parfois lentement, parfois abruptement. Même Gengis Khan, l'un sinon le plus grand empereur de l'Histoire, a fondé un empire qui s'est lentement écroulé après sa mort, même si la deuxième génération l'a encore fait grandir. Croire en une idéologie, c'est croire qu'une recette qui a marché remarchera toutes choses inégales par ailleurs. Si la politique ou la stratégie étaient des sciences, en fixant tous les paramètres une recette qui a marché une fois marchera une infinité de fois. Mais c'est un art, ce qui signifie que l'incertitude subsiste même si "tout était prévu pour que ça marche". Tout comme la stratégie militaire, le terrain de la politique est le chaos. Être rigide et fixe dans sa démarche dans l'incertitude et la mouvance continuelle est la dernière des choses à faire.

UN GROUPE: Quel groupe ? Comment se définit-il ? Est-il homogène, quel est le niveau de son morcellement, quelle est sa capacité à se percevoir comme un groupe, quel est son moral, quelles sont ses croyances, quelle est son histoire ? Et pour commencer, y a t-il un groupe... ?

VERS UN OBJECTIF DÉFINI: As-t'on un objectif? Si oui lequel? Quels sont les moyens sont il faut se doter pour l'atteindre, et tout d'abord quels moyens as-t'on ? Ici il faut une idée claire de ce qu'on veut (Ça a l'air évident comme ça mais posez la question aux chefs de l'OTAN et aux chefs des nations qui la composent "Qu'est-ce que vous allez foutre au juste en AfPak ?" Vous allez attendre un moment avant qu'on vous réponde, et la réponse ne sera pas assurée...). Ensuite, il faut mettre en adéquation les moyens dont on dispose et la fin que l'on recherche. Ça porte un nom, ça, un mot oublié en France, en Europe, (si tant est que ces "groupes" existent): la stratégie. Puisqu'on est dans le domaine de la politique, pour différencier de la stratégie militaire, on parle de "grande stratégie": "Art de mettre en adéquation les moyens de la nation (le groupe présupposé) et les objectifs fixés pour celle-ci par ses dirigeants".

DANS UN SYSTÈME DONNE: Le système, là, par contre, c'est peut-être un peu plus simple à définir, et plus compliqué encore à cerner. Le système, c'est le monde actuel... Non, même pas. C'est le monde présent et futur. Gouverner, c'est prévoir. L'instantanéité de pas mal de choses dans notre monde ultra-technologique ne doit pas nous berner et nous faire croire que si la "satisfaction immédiate" est le crédo du consommateur, l'unité de base de la société, alors il ne reste que le présent comme temps, et que l'instantanéité superficielle de notre monde le prive d'un passé et d'un futur bien distinct. Courir partout dans le présent fait oublier le reste, le passé, l'Histoire, le futur, le Devenir. C'est une faute commune de tout le monde. La société existe pour que ses membres les plus nombreux, le peuple, puisse s'adonner à ce travers, bien souvent obligatoire, sans trop de mal. Après tout on est ensemble pour se déléguer du travail afin de se faciliter la vie. Mais cette erreur, pour un dirigeant, est un dilettantisme gravissime. La mission du grand chef n'est pas de gérer l'instant présent. Ça, c'est le boulot de fourmi des officiers subalternes et sous-officiers. La mission du chef est de prévoir le futur en fonction du présent et du passé, et donner des directives pour maintenir le cap vers l'objectif fixé dans un monde sans cesse en mouvement perturbateurs. La meilleure image de chef politique qu'on puisse se faire est celle d'un capitaine de bateau en pleine tempête. Selon le bon principe qu'on ne peut pas être à la fois au four et au moulin, s'il se perd entre cordage à manœuvrer, matelot apeuré, et voie d'eau dans la cale, il n'y aura personne pour regarder les étoiles et éviter de se paumer, ni les récifs pour éviter de s'échouer. Plus le navire est petit, plus cette constation s'estompe. Plus il est grand, plus cette constatation est véridique.
Diriger 60 millions de personnes entre cohésion sociale chancelante, création de richesse hésitante, dans un monde en pleine tempête sur lequel on n'a presque aucune emprise, avec le baromètre qui va renifler la cale du bateau qui prend l'eau ne devrait pas laisser le temps à un chef d'aller faire le singe devant des caméras de télévision pour amuser la petite galerie. Mais comment critiquer et reprocher cela lorsque le système dans lequel on vit est stigmatisé par deux phrases de Gladiator:
- Je n'ai aucun pouvoir ici, mon seul pouvoir est d'amuser la plèbe !
- C'est LE pouvoir.

Fermons la parenthèse cinématographique pour conclure cet article: C'est autour de cette définition que je vais articuler ma construction: j'aborderais ainsi la politique selon quatre grandes thématiques:
- l'art de mener:                              leadership
- le groupe                                      société
- l'élaboration d'un objectif à suivre    stratégie
- dans un système donné                géopolitique