"Un peuple n'a que les dirigeants qu'il mérite".

J'entends souvent cette maxime que j'apprécie tout particulièrement en matière de politique.

Il faut se représenter ceci et bien se le mettre dans le crâne: en démocratie ou non, un peuple n'a que les dirigeants qu'il mérite. Je serais tenté de compléter "en démocratie plus qu'ailleurs" si j'étais convaincu qu'une démocratie existe quelque part dans ce monde, mais ma conviction n'est pas faite dans ce domaine.

Cette maxime indique donc la chose suivante, que tous devraient bien se mettre en tête. Un peuple, qu'est-ce que c'est ? L'Académie française nous dit:
"Vaste ensemble humain considéré en fonction de réalités géographiques et historiques ou des liens divers qui peuvent unir ses membres."
A rapprocher donc de Nation: "Communauté dont les membres sont unis par le sentiment d'une même origine, d'une même appartenance, d'une même destinée."
Un peuple n'est donc pas une population: "Ensemble des habitants de tout lieu défini par des limites géographiques, politiques ou administratives."

Définitions intéressantes à l'heure où on pense (mal, mais on essaye au moins) de définir l'identité française.
Premier écueil: le chef dirige un groupe. Mais quel groupe ? Le peuple, ou la population ?
Qui est le peuple ? L'ensemble des gens qui ont un lien entre eux qui les unissent.
Qui est la population ? L'ensemble des gens circonscrits par des limites administratives, politiques, et géographiques.

CE NE SONT PAS DES SYNONYMES !

Le chef dirige donc dans les faits la population, dans l'esprit le peuple. La population subit sa loi, le peuple, lui, "ne mérite que ça".

Trop souvent, dans nos sociétés individualistes et dans notre pays râleur de nature, nous sommes la population, et non le peuple. En se plaçant en population, nous devenons le Tchandala de Nietzsche: on subit, on râle, on se montre faible. Arrêtons donc de penser de manière négative: tous des vendus, tous des pourris, y'a rien à faire, on est perdus, on va tous mourir pauvre en ayant perdus nos acquis, mon dieu quelle horreur...

Ou est la force joyeuse de ce pays, de ce peuple que nous somme sensés être ? Ou est notre volonté de puissance ?

Oui, j'ose, et j'ouvre à ce sujet une parenthèse:
Un mot sur ce terme qui fait peur, sur cette philosophie qui fait peur, bien à tort.
Nietzsche, c'est le vilain canard des grands philosophes, celui qui a été réutilisé après sa mort par ceux-là même qu'il détestait le plus.
Quiconque croit que Nietzsche a quelque chose à voir avec le nationalisme, le fascisme, voire le nazisme, est comme les propagandistes et les dirigeants de ces régimes honnis qui ont pour faute ultime d'avoir traîné dans la boue et détruit l'idée de nation en Europe: ils ne l'ont jamais lu, ils en ont entendu parler, et ils n'ont retenu que ce qui les arrangeait.
N'oublions pas non plus que la pensée de Nietzsche a inspiré de grands philosophes français comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui ont bâti en partie sur on œuvre l'existentialisme, et ne sont pas franchement connus pour leur sympathie à l'égard de régimes fascistes...
La volonté de puissance c'est la volonté de vivre, le courage positivé et incarné dans l'être naturel que nous sommes. Ca n'a rien à voir avec l'agressivité ultra-nationaliste caractéristique des fascismes. C'est un peu l'énergie vitale de l'ésotérisme asiatique.

Par le fait que nous montrons si peu d'élan vital politique, si peu de peuple et autant de population, nous méritons les gouvernements fantoches, sans programme, et aujourd'hui même people et bling bling, qui se succèdent à la tête de notre pays.

Malgré tout ce qu'on peut dire des gens qui nous dirigent, comme "éloignés des réalités", "coupés de leur peuple (lequel ???)", on doit au moins admettre qu'ils font partie de celui-ci. Leur comportement, leur éducation, leurs actes et leurs non actes sont dictés par le fait qu'ils sont, comme nous mêmes, des produits de notre civilisation. Bien sur, par le pouvoir qu'ils ont, ils la transforment, mais ils ont commencé comme tout le monde, par y naître.
Nous sommes individualistes à l'extrême, "court-termistes", consommateurs, irréfléchis, profiteurs et jouisseurs. Nous avons des dirigeants qui nous ressemblent.

Nous avons donc des dirigeants narcissiques, myopes, corrompus, sans vrai projet, vulgaires et bling bling. Pourquoi s'offusquer ?

Pourquoi un dirigeant d'un peuple tel que le nôtre devrait-il être désintéressé, droit, honnête, courageux, noble, et visionnaire ? Parce que "nous le valons bien" ?

Si nous voulons espérer un jour voter non pas contre quelqu'un mais pour quelqu'un, il faut déjà qu'il naisse dans une civilisation qui aura une quelconque valeur positive, une valeur ajoutée par rapport à la simples somme des intérêts de ses membres.

Alors avant d'aller critiquer les paillettes sur les yeux de Mr Sarkozy, regardez (non, regardons, je suis comme vous!) les poutres dans nos vies, et dans la conception que nous nous faisons de nous-mêmes en tant que français !