C'est la rentrée ! Et avec elle, le retour aux diverses activités de club.

Je ne reprends pas le Kendo cette année. C'est une décision difficile que j'ai prise en fin d'été, après deux mois de doute. Le profil de mon club n'est pas adapté au mien, et je doute de trouver à proximité de chez moi un club qui ait un autre esprit.

Je veux pratiquer un art martial dans le sens du développement humain, tant au niveau physique, que mental, que spirituel. Certes, il ne faut pas être pressé, certes, il faut développer le physique en premier, certes. Mais la première qualité d'un homme d'épée, quel qu'il soit, pour ma part, est celle de tout guerrier, ancien comme moderne: développer une capacité d'analyse inconsciente de la situation et de l'environnement afin de percevoir ce qu'il convient de faire. Que ce soit du cockpit d'un chasseur ultramoderne, de la tourelle d'un char ou de derrière une épée, cela ne change pas. Percevoir, décider, agir.

Mon dojo est un très bon dojo de Kendo. Il prépare et compte comme fidèle des champions d'équipe de France, et possède dans ses rangs de très jeunes espoirs. Jeunes, déjà très forts et très expérimentés, possédant une forme et une préparation physique excellente, et possédant un emploi du temps adéquat leur permettant de garder cette forme.

Soyons clair, le cours est fait pour eux, surtout à partir de janvier-février. L'optique du club est élitiste: préparer les meilleurs à déchirer en compétition, ramener des médailles, préparer leur futur succès. On se tire la bourre avec des clubs célèbres du sud parisien...

Je n'ai rien contre ça. J'aime mon ex-club, j'ai appris énormément au contact de ses membres, de mon maître et de ses enfants. Merci à eux du fond du coeur. Je souhaite à mon club toute la gloire et les succès que ses meilleurs membres lui apporteront. Mais je ne peux pas suivre. Je suis dix heures par jour le cul sur une chaise. J'ai bientôt trente ans et je n'ai jamais été sportif de ma vie, en dehors de mes deux années de Kendo. De plus, je n'ai pas envie de faire de compétition, je ne me bats pas pour ça. Certes, se mesurer aux autres est important. Mais, contrairement à de jeunes espoirs de notre club, je ne désire pas me "faire un nom dans le milieu du Kendo". Pas plus que je n'ai envie de faire deux heures de sport tous les soirs afin d'avoir une forme physique suffisante pour suivre. Pas de reproche à mon club, pas d'excuses pour moi, juste une divergence d'opinion sur le sens du Kendo. Je ne suis pas venu faire un bon sport dans un excellent club, mais chercher un développement personnel au travers d'une discipline martiale. Je veux faire des efforts pour atteindre ça, mais sans changer ma vie du tout au tout pour autant. Sans faire du sport pour préparer le sport. Je n'en ai ni le temps ni la motivation.

Donc, avant de trouver un dojo où le niveau sera moindre et où la prétention sera au niveau de la mienne, j'arrête.

Cela dit, je ne resterai pas oisif pour autant: ne pas tenir une épée dans la main durant cet été m'a beaucoup manqué ! ^^

Je rejoins PEAMHE, une association qui étudie l'escrime médiévale germanique, l'école de Johannes Lichtenauer et de ses successeurs. J'ai fait ma session de test samedi matin, dans le parc de la Cité Universitaire de Paris.

Tout est différent, c'est le dépaysement total par rapport au Kendo, tout en étant toujours de l'escrime au sens large.

L'arme, bien sûr, longue et droite, qui fait la taille d'un shinai, mais qui est en bois, comme un bokken.

Les protections: aucune ! Un masque d'escrime et éventuellement des gants pour les engagements libres, mais rien en exercice.

L'ambiance: nous sommes dans un profil de recherche, pas uniquement d'apprentissage. Bien sûr, l'art de l'escrime médiévale est un art mort: il n'y a pas de lignée de maître qui détient son savoir d'un autre maître plus vieux. Il y a des manuscrits, des gravures, des conseils de vieux maîtres, écrits, mais au niveau humain, il y a des chercheurs plus ou moins expérimentés, mais pas de maître. Dans notre association le plus "vieux" en fait depuis dix ans. Mais il ne se place pas en maître, plutôt en sempai, pour rejoindre une notion de Kendo.

Faire renaître un art mort, pourquoi pas ? Mais comment ?

Nous procédons sur des bases que nous pensons saines: confiance, recherche personnelle, confrontation des pensées en collectif au sein de l'association (épée en main, ça va de soi ^^), et, lors de rencontres, confrontations avec d'autres associations, afin de tester et éventuellement valider ce qu'on a appris. C'est une démarche très "scientifique", selon la formule du président de l'association nous faisons de "l'archéologie de geste". C'est aussi une démarche pratique: impossible de savoir ce qui est "juste", en l'absence de maître. On se base donc sur les écrits, pour rester fidèles aux anciens maîtres, et sur "ce qui marche" à l'usage. Il est à noter que l'enseignement des maîtres allemands est exemplatif, pas systémique, et qu'il convient donc de faire la synthèse de ce qu'ils nous enseignent et d'en retirer un "esprit", une doctrine de combat. Il ne s'agit pas seulement d'apprendre mais de réinventer des gestes, des attitudes, une logique de combat.

On est un peu dans la situation du Japon féodal, mais avec une dizaine de livres en lieu et place de maîtres: on apprend un art de combat, et... on teste, pour voir si ça marche, en rencontrant les autres "écoles", qui en ont une vision personnelle. Simplement, au lieu d'essayer de prouver que notre école est la meilleure, on apprend des autres groupes, pour progresser ensemble.

Le fait même que nous n'ayons rien à défendre (qui a raison sur un art dont la tradition est morte ???) élimine d'emblée toute notion compétitive. Le travail est collaboratif, rien de plus.

Cela dit, le combat en lui même se veut un art de combat de survie. Pas de convention. Pas de règles. Pas de zones de touches. Le but est de survivre en mettant l'autre hors d'état de nuire. Cela dit, ça reste une simulation: il y a trop peu de chercheurs pour se payer le luxe d'en perdre la moitié à chaque rencontre ! ;-)

On travaille donc en souplesse, un peu moins vite que ce qu'on pourrait (ça va quand même très vite en engagement libre), et on ne donne pas de force dans ce qu'on fait: vu la vitesse des lames, c'est déjà suffisamment convainquant sans bourriner derrière. On indique les coups de pointe, on ne les donne pas. Lorsque la distance se réduit, et qu'on en vient aux mains (et oui, ça change du Kendo ! ^^), on arrête les clefs et coups afin d'éviter la douleur et bien sûr les dégâts. Les pièces apprises sont en effet sans pitié: pratiquées en vrai et en force, elles cassent les coudes, les épaules, elles étranglent, elles tuent. Planter un quillon de son épée dans l'oeil du partenaire est une tactique valide si l'opportunité se présente. On a ensuite le temps de se dégager et de couper ou planter un endroit vital. Bien etendu, on reste dans la simulation...

Pas de violence, donc, mais pas de règle autre que la confiance qu'on porte en l'autre. On simule l'achèvement d'un adversaire au sol, on est libre de faire à peu près ce qu'on veut, comme par exemple de lâcher une main de son épée pour saisir un poignet, un coude, ou la poignée de l'autre pour le désarmer !

Le jour et la nuit, donc, entre cettre pratique et le Kendo. Les combats libres se font dans l'esprit du Ji Geiko: on ne compte pas les "touches valides" sauf au fond de soi, et d'un commun accord, mais on ne s'arrête pas: même pas mal, on continue ! L'avantage est de pratiquer toutes les distances, toutes les situations: de taille et d'estoc, de loin, de près, au corps à corps, et même au sol. Avoir à rouler à terre pour éviter de se faire couper le dos, rattraper son arme qu'on a perdu et frapper un tibia qui passe au ras du sol, on fait ! Dans mon premier engagement j'ai perdu mon épée, et j'ai volée celle de mon vis à vis. Pas de violence, mais pas de cadeau non plus, et un engagement total dans ce qu'on fait. Alchimie délicate, mais qui prend bien finalement. On se prête au jeu et c'est très raffraîchissant !

Donc voilà, avis aux amateurs, vous êtes tous les bienvenus. Si vous avez pensé un jour, au Kendo, plastron contre plastron, "mais pourquoi je lui planterai pas mon pommeau dans la gu... à cette distance ?" et bien... venez faire un tour en escrime médiévale ! La créativité y est essentielle ! ^^ (avec les manuscrits en garde fou bien entendu).

Dès que j'aurais un peu plus pratiqué, comme je l'ai fait pour le Kendo, j'exposerai dans ce blog ce que j'apprend au fil de l'eau.

D'ici là, bons combats à tous !